C'est le film que j'ai failli rater. En effet, la vie de Luisa (sous les traits de laquelle ne se cache pas Valeria Bruni Tedeschi), une femme d'un quarantaine d'années "sans travail, sans mari et sans enfants" n'était pas la meilleure accroche pour m'attirer au cinéma.
Un château en Italie, c'est donc un film pseudo-autobiographique sur Valeria Bruni Tedeschi: sa famille, sa vie sentimentale, ses désirs assouvis ou non. "Pseudo" non pas parce que l'autobiographie n'a pas de sens puisqu'elle est de fait subjective, mais parce qu'ici l'histoire a été réadaptée pour le film. Par exemple, la famille Bruni Tedeschi n'est composée que de Luisa (Valeria) et de son frère. Carla n'existe pas dans cette vraie famille de cinéma.
Alors pourquoi faut-il aller voir ce film malgré tout?
Parce que déjà, point le plus important, l'autoportrait n'est jamais complaisant. Peut-être grâce à l'aide des deux co-scénaristes Noémie Lvosky et Agnès de Sacy? En tous cas, Luisa n'est pas épargnée: on la voit tour à tour froide, presque mal élevée, folle, hautaine avec ses domestiques, parfois paradoxalement auto-complaisante, immature.
Mais malgré ça le film est plein de loufoquerie et d'auto-dérision, plein d'humour. On rit de Luisa. Par exemple lors des scènes hautes en couleurs, où dans une église elle s'asperge le ventre d'eau bénite en espérant que cela la fera tomber enceinte. Ou lorsqu'elle violente toutes les bonnes soeurs d'une autre église pour pouvoir s'asseoir sur la chaise qui aide miraculeusement les femmes à avoir un enfant. Parfois également on rit avec elle.
Le risque dans un film qui parle de soi, c'est de dérouler sa vie, sans qu'il y ait vraiment de scénario. Or ici l'intelligence du film est que justement il y a bien un scénario: c'est l'histoire d'un passage. Le passage à la maturité d'une femme de plus de quarante ans. En effet celle-ci est encore empêtrée dans un complexe presque oedipien, non pas avec son père, qui n'est plus, mais avec son frère. Leur relation fusionnelle et quasi incestueuse les empêche de construire une vie amoureuse stable. Ludovic, le frère, est amoureux d'une femme qui l'aime, mais est incapable de s'engager vraiment. Et Luisa, elle, ne veut carrément pas d'homme dans sa vie. Et même lorsque Nathan (Louis Garrel) lui court après de façon insistante, elle demeure incertaine. Alors que son désir d'enfant est grand. La transition aura lieu grâce, ou à cause de la maladie de Ludovic, atteint du SIDA, et à la vente du château familial en Italie, ayant appartenu au père décédé.
Le film est un mélange: de lourdeur familiale et de légèreté grâce à l'humour. De chaud et de froid, entre l'été et l'hiver, et en ce qui concerne le personnage même de Luisa. De lieux aussi, entre les petites rues de Paris et une Italie pittoresque et religieuse.
Tout ça avec un casting magnifique. Filippo Timi (Ludovic) est d'une intensité et d'un magnétisme enivrants. Particulièrement lors de la scène où seul, il mime une partie de tennis sur le terrain enneigé du château. Valeria Bruni Tedeschi joue son rôle à merveille, sans concessions. Les personnages secondaires sont également parfaits, Marisa Bruni Tedeschi en mère à la fois légère et profonde, Xavier Beauvois en ami pique-assiette et déplacé, contrepoint du luxe dans lequel vit la famille Bruni Tedeschi.
Bref, ce film est paradoxal à tous les niveaux, et ces contrastes, grâce à des acteurs impeccables, un bon scénario et une bonne dose d'extravagance et de burlesque, donnent un film profond et drôle. Donc même s'il ne joue pas dans beaucoup de salles, il faut aller le voir!