!!! Cet article raconte la fin du film
Quel acteur est capable d'envoyer valser Tarantino à 32 ans pour tourner son propre film? Réponse: Joseph Gordon-Levitt, réalisateur et acteur principal de Don Jon.
C'est en temps qu'acteur qu'on l'a d'abord connu. Remarqué dans (500) jours ensemble, comédie romantique avec Zooey Deschanel, son ascension a ensuite été assez fulgurante puiqu'on l'a depuis vu chez Christopher Nolan dans Inception et dans The dark knight rises, chez Spielberg dans Lincoln ou encore chez Rian Johnson dans Looper.
Evidemment on l'attend au tournant: le passage d'acteur à acteur-réalisateur est-il réussi?
Qui est Don Jon? Don Juan des temps modernes? On espère que non. Jon est une caricature de lui-même. Jeune trentenaire body-buildé, sa vie se résume à entretenir son corps et son appartement, aller au sport et à l'église, conduire sa voiture et collectionner les conquêtes d'un soir. Avec une légère addiction en plus: regarder du porno sur son ordinateur. Cependant, ce n'est pas l'histoire d'une addiction, comme dans Shame de Steve McQueen. C'est l'histoire de l'égoïsme des temps modernes, exacerbé par l'image et les moyens de communication actuels, qui nous servent une certaine version de la norme et de la perfection. Que ça soit dans les relations amoureuses, ou dans le sexe.
Donc naturellement, le jour où l'accumulation des conquêtes ne lui suffit plus, Jon jette son dévolu sur Barbara (Scarlett Johansson) , un "dime", soit la perfection selon ses critères esthétiques. Elle est on double féminin: comme Jon, sa vision du partenaire idéal réside dans une check-list bien précise. Et comme Jon pour qui le sexe devrait ressembler à un porno, une relation amoureuse pour Barbara devrait ressembler à une comédie romantique.
Tout aurait pu continuer comme ça, tout le monde les voyait déjà finissant comme les parents de Jon, la mère en beauté un peu fanée et le père en marcel blanc ayant l'oeil qui traîne aussi bien sur les matchs de football que sur les paires de seins des pin-up.
Cependant Jon, qui s'est lancé dans les études sur les conseils pour le moins insistants de Barbara ne peut se défaire se son addiction. Au point qu'il est capable de se lever après avoir fait l'amour pour regarder des pornos. Le bas blesse lorsque Barbara l'attrape en pleine action. C'est la crise, c'est la fin.
Jon reprend ses vieilles habitudes avec encore plus de vigueur, et de satisfaction. La goutte d'eau qui fait basculer cet équilibre instable est incarnée par Julianne Moore, une baba cool en deuil, qui est elle l'opposée de Jon. Et face à qui Jon va comprendre qu'une relation amoureuse peut être très différente de l'idée qu'il s'en faisait.
Le film est une critique de la société de consommation et des travers qu'elle engendre, notamment un égoïsme forcené où les individus sont focalisés sur la recherche d'une satisfaction immédiate et non sur la compréhension des autres et de soi. De ce point de vue-là, Joseph Gordon-Levitt réussit son coup. Il s'agit un peu du miroir de (500) jours ensemble, où le personnage principal était beaucoup moins caricatural, mais finalement assez tourné vers lui-même.
Le point faible du film est la construction. La première partie, basée sur la répétition des habitudes primaires de Jon traîne en longueur, ce qui nuit au panache qu'apporte pourtant la mise en scène.
Don Jon reste un bon premier film. On attend avec impatience le prochain.
