Coup de coeur de la semaine, voir du mois, voir de l'année pour "Les garçons et Guillaume à table".
Dans ce film, adapté de la pièce de théâtre éponyme qu'il avait réalisée et jouée, Guillaume Galienne se dédouble pour incarner deux personnages. Le sien, de l'adolescence à l'âge adulte, et celui de sa mère.
Ce dédoublement est ainsi accompagné d'un travestissement. Mais pas un travestissement ridicule et burlesque. Si Gallienne n'a pas choisi de faire jouer sa mère par une actrice (autre que lui) ce n'est pas uniquement pour le côté comique que cela apporte. Mais aussi parce que selon son point de vue, lui seul pouvait faire ressentir au spectateur que sous ses airs de fermeté, sa mère cache une tendresse profonde pour son fils.
C'est "l'histoire du développement d'une personnalité, de la naissance d'un acteur" selon Adjani.
Guillaume a des frères aînés qui ne lui ressemblent pas. Ainsi, pour bien marquer sa différence, il agit comme une fille, et se comporte de façon très fusionnelle avec sa mère, qu'il aime, qu'il admire, et à qui il fait tout pour ressembler. A tel point que le père lui-même est trompé par leur voix et leurs attitudes si similaires.
Dans une série d'anecdotes plus truculentes les unes que les autres, on suit Guillaume dans cette quête d'identité.
D'abord durant son adolescence. Alors qu'il aime à s'imaginer dans l'univers de la Bavière et de Sissi l'impératrice, ses camardes, eux, sont plus intéressés par leurs premières masturbations sous la couette du dortoir.
Puis lorsqu'il devient adulte. La question de la sexualité devient alors prépondérante. Qui est-il? Qui aime-t-il? Qui l'attire?
On dit qu'au sein d'une famille, lorsque que quelqu'un est malade, que ce soit physiquement ou psychologiquement, un équilibre se crée autour de cette personne malade. Cette stabilité crée par la famille aurait donc tendance à la maintenir dans le même état.
On peut ici faire un parallèle. Même si Guillaume n'est absolument pas malade, sa famille a tendance à le cantonner à une identité psychologique et sexuelle féminine. Ce qui finalement l'empêche de se trouver. Une des premières clés lui est donné par sa tante: "si tu tombes amoureux d'une fille t'es hétéro, et si tu tombes amoureux d'un garçon t'es homo". Ensuite, grâce à beaucoup d'intelligence et un travail de psychanalyse sur lui-même, il réussit à passer outre le carcan qu'il s'est (ou qu'on lui a) créé. C'est d'ailleurs au cours d'une séance de psychanalyse qu'il s'est rappelé que pour appeler ses frères et lui à table, sa mère disait "Les garçons et Guillaume, à table!".
Bref, au-delà du côté fin et émouvant de la quête de soi, Guillaume Galienne fait preuve d'une auto-dérision et d'un humour sincères. Le film est donc un diamant brut, qui, loin de se poser en film moralisateur en appelle à notre propre intelligence pour lire entre les lignes. D'ailleurs, comme le dit Gallienne, on ne règle pas les problèmes, on les poétise. Tout est dit...