3/5 par CaroK
La psychothérapie, déjà on ne veut pas y aller, alors pourquoi aller la voir au cinéma? Réponse: pour Desplechin. Pour voir s'il a réussi à faire un film aussi riche et puissant que le dernier, "Un conte de Noël". Et aussi pour voir ce que va donner cette association improbable entre Benicio Del Toro, l'homme bourru et taciturne, habitué aux studios hollywoodiens, et Mathieu Amalric le petit trublion multi-facettes du cinéma français et international.
Le film raconte l'histoire d'un Indien blackfoot (Benicio) en proie à des maux de tête insoutenables depuis un accident qu'il a eu pendant la guerre. Pour soulager sa peine, il est soigné par un ethnopsychiatre (Amalric) spécialisé dans la culture indienne.
Alors qu'est ce que ça donne?
Comme d'habitude chez Desplechin, le film est un bric à brac de thèmes: la culture indienne, les débuts de l'ethnopsychiatrie, la guerre, le passé, la famille, les femmes, la religion.
Pourtant, alors que dans un conte de noël, ces thèmes confluent vers une entité commune et nous prennent aux tripes, nous sommes ici assujettis à notre position de spectateur. On voit cet homme de débattre avec son passé et s'ouvrir peu à peu à un for intérieur dont il n'avait même pas conscience. On voit ce psychiatre évoluer à travers son patient. On voit naître une relation à la fois compliquée et profonde. Mais la connexion entre l'écran et nous ne se fait pas.
Malgré ça il faut noter plusieurs aspects incontournables.
D'abord la complexité du psy qui n'est ici pas que dans son rôle de psy. Il incarne également l'homme amoureux, l'ami, l'homme qui doute. Tout ceci remettant en perspectives le métier de psychiatre, de nos jours tantôt diabolisé, tantôt placé sur un piédestal. On a ici une vision plus tempérée.
On peut également parler de l'incroyable performance d'acteur de benicio del toro, à la tendresse violente et dont la douceur transparaît à travers un physique effrayant. Mathieu Amalric est également très juste en homme exubérant et profond, fort et fragile.
Bref on l'aura compris, chez Desplechin tout n'est jamais tout blanc ou tout noir et c'est ce qu'on aime. Mais peut-être que le choc est plus percutant lorsque c'est à nous de démêler la pelote plutôt que quand le travail est prémâché.